En passant

Le lien….

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Avant, quand je rêvais d’être enceinte, je pensais que le lien avec mon enfant serait naturel, spontané…

Quand je suis tombée enceinte (j’aime pas cette expression… ), j’ai aimé mon « bébé » dès les premières secondes… Quand il était en « culture », quand je l’ai aperçu rejoindre mon triplex endomètre, quand je l’ai couvé jalousement, quand j’ai vu mon TG virer au +… Je l’aimais déjà… Un attachement profond en réalité… Un attachement si fort qui m’a fait pleuré d’angoisse à l’idée qu’il puisse ne plus être là avant la première écho….

Puis, petit à petit, au fil des jours, des semaines, cet amour à grandit, proportionnellement à la croissance de mon petit… J’ai vu tout doucement mon corps se modifier pour accueillir ce bébé, lui laisser une place pour les mois à venir… J’ai été surprise de la faculté d’adaptation de mon corps, de ma psyché, à le laisser prendre cette place au creux de moi… D’accepter si facilement de laisser mon corps être « squatté »… J’ai trouvé ça tellement naturel et heureux….

Bébé a pris de plus en plus de place.. Je l’ai couvé avec encore plus d’amour…. J’ai commencé à le sentir, à créer une relation avec lui…. Un lien fort, exclusif, et totalement fusionnel. Cette sensation d’être en osmose totale. Je savais quand il dormait, quand il gigotait… Je le savais en sécurité… Je le sentais interagir, se blottir sous mes mains, jouer…. Je me souviendrai toujours de tous ces matins, où, au réveil, je lui faisais une caresse et le sentais remonter le long de mon ventre pour se nicher en boule sous ma main….

J’ai cru, assez naïvement d’ailleurs que ce lien, pré-existant à sa naissance, perdurerait dès qu’il arriverait….

Et j’ai été surprise… Car même si on imagine son enfant, on est toujours quelque part surpris… Surpris par la couleur de ses yeux, ou la forme de ses petits doigts, ou le son de sa voix….

Surprise car nous n’étions plus un, mais deux… Deux avec une identité propre (même si pour lui, et pendant encore quelques temps, il s’agit de la même et unique personne).

Du coup, le lien qui existait avant n’était plus là, il fallait en construire un nouveau… Quand avant je le calmais en posant ma main sur lui, là, j’étais désemparée devant cet enfant hurlant, ne parvenant pas à prendre le sein, ayant faim, ayant fait caca où je ne sais quoi d’autre. Nous n’étions plus en osmose totale…. Ma seule présence, mon simple corps ne parvenait plus à répondre spontanément à ses besoins.

J’ai également été surprise par mes sentiments. Comme je le disais, je l’ai aimé dès le début…Mais quand il est né, j’ai ressenti un amour différent…. Très fort… Plus fort que ce que je pouvais imaginer….

Et j’ai également été surprise par l’ambivalence qui peut aller avec cet amour….

J’ai cru, assez naïvement, que je ne ressentirais que de l’amour… Et il n’y a pas eu que cela… J’ai ressenti parfois des doutes quant à ma capacité à comprendre ce qui se passait quand il criait… J’ai ressenti une forme d’épuisement quant il réclamait le sein après 12 tétées dans la journée, et même de la culpabilité de ne pas bien le nourrir… J’ai ressenti et ressens parfois encore de l’impatience face à ses cris, même si je les comprends… Une forme d’agacement… De la colère même parfois. Il m’est déjà arrivé de devoir quitter la pièce pour aller me calmer 30 secondes car ses cris étaient insupportables.

Je ressens parfois cette colère, cet agacement quand notre routine est rompue… Quand un jour il ne veut pas faire sa sieste de l’après midi, bouleversant l’ordre établi… Quand il ne veut pas finir son biberon alors qu’il le finit toujours….

J’ai parfois cette envie de prendre un sac et de partir quelques jours sans lui, tout en étant incapable de le faire bien entendu, car me séparer de lui est si difficile…(sauf bien sûr pour aller dîner dehors, boire un bon verre de vin avec une copine, me faire un petit ciné, ce qui arrive régulièrement) de temps en temps.

Quand je pense à ma reprise, à la séparation, parfois, je pleure… C’est bête, mais je me dis à quoi cela sert d’avoir un enfant si ce n’est que pour l’apercevoir le matin, et le voir deux ou trois heures le soir? A quoi ça sert de travailler pour payer une crèche ou une nounou et laisser quelqu’un d’autre s’en occuper (moins bien que moi bien sûr), le voir s’éveiller?

J’ai parfois peur que notre lien si fort se rompe… Qu’il soit malheureux (ou plutôt que je sois malheureuse)… Que je lui manque (enfin qu’il me manque)… J’ai encore du mal à accepter qu’il commence à faire ses premiers « pas » sans moi… Qu’il puisse vivre sans moi… J’ai peur qu’il ait du mal à s’adapter à ce nouvel environnement, au fait que la ou les personnes qui s’occuperont de lui auront bien sûr moins de temps que je ne lui en accorde, et qu’il en souffre.

Et d’un autre côté, je veux reprendre le travail, je sais que c’est important pour moi, que cela m’est indispensable pour avoir un équilibre.

Voilà… Quelle ambivalence de sentiments… Quelle complexité des ressentis…

 

Mon fils a eu 6 mois il y a peu… C’est un beau bébé (ok je manque cruellement d’objectivité).

Souriant, même s’il me demande beaucoup d’attention et de présence.

Ma merveille… Prunelle de mes yeux… Qui babille,fait des sortes de « Ba » et « Da’ mélangés…. Qui est sur le point d’arriver à se retourner pour passer de la position couché sur le dos à couché sur le ventre…. Qui joue dans son bain en tapant l’eau avec ses mains, qui sourit au pommeau de douche, qui met dehors avec ses pieds les petits animaux en plastique que je pose sur le rebord de ta baignoire.

Comme c’est beau de le voir s’émerveiller de tout, de rien… De faire des risettes à Mimolette (qui l’ignore royalement), de se faire des sourires dans le miroir (genre salut toi, tu veux être mon copain?), que c’est chouette de faire la fofolle avec lui sur les photos…

Mon amour, mon adoré… Tu me fais sourire comme je n’ai jamais souris… Tu me fais pleurer comme je n’ai jamais pleuré….

Tu m’apprends tellement…. A tes côtés, j’évolue moi aussi… Je découvre, j’apprends, je me remets en question …

Je suis heureuse de te connaître, heureuse tout court…

Bon, j’arrête mes niaiseries, et je pense proposer dans les jours à venir des posts sur la diversification, les jouets préférés de bébé, les indispensables (suite). Enfin, si le jeune homme veut bien faire ses siestes bien sûr…

Prenez bien soin de vous…

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19 réflexions sur “Le lien….

  1. Que de belles choses écrites et ressenties. Pour une femme sans enfant, qui rêve d’être maman un jour, chaque mot que tu écris donne tellement envie de connaître chacun de ces sentiments…

  2. laure dit :

    Cet amour ne va faire que grandir oui on s en veut de ne plus supporter parfois ces cris d avoir envie de prendre l air…surtout après notre parcours mais en fait on est juste des mamans « normales » et on a le cdroit de l être aussi.…
    J ai un grand et attend actuellement un bb tant attendu…Votre amour ne va faire qu évoluer et je ne cesse de répéter que c est mon fils qui m a fait devenir maman qui me guide: la plus belle aventure mais aussi la plus compliquée 🙂
    La reprise du travail va vous fairevcdu bien à tous les 2 et concilier toutes ses vies c est génial!
    Encore merci pour tous tes témoignages!

    Laure

    • Merci à toi Laure pour ton commentaire. Ca me rassure car j’appréhende un peu le retour à la vie normale (je suis un peu dans une bulle avec mon fils), et j’ai peur de ne pas arriver à tout concilier…
      Très heureuse de lire qu’un bébé est en route et va venir vous combler bientôt !
      Au plaisir de te lire !

  3. Wahoo t’imagines pas comme ton article résonne en moi !! A quelques jours de mon accouchement je suis en plein dans cet ambivalence/inquiétude ; ce lien (kiffe total) avec ce qui se passe dans mon ventre (la calmer quand elle a le hoquet, la voir faire de tels bonds qu’elle me fait déjà rigoler etc..) je me demande si j’arriverai à le retrouver lorsqu’elle sera là. Ce petit habitant que j’abrite et aime dejà d’un amour si fusionnel, est-ce qu’il sera le même après? Il y a quelques semaines je pleurais à l’idée de « ne plus être enceinte » (j’aime tellement mon gros bidon!!) ce sentiment s’estompe jour après jour avec la hate de « rencontrer » ma fille.. mais quand même, ça va faire bizarre…. J’essaye de me rassurer en me disant que l’immense bonheur de la voir « évoluer » grandir, compensera les moments de doute..
    Bref, merci d’avoir partagé tout ça, ça me rassure, je me sentirais moins seule dans mes sentiments !!!
    Pleins de bises !!

    • C’est toujours cette ambivalence que je retiens de mes premiers mois de maman… pour la nostalgie du bidon, je l’ai beaucoup appréhendée, mais au final, pas grand chose car ta puce va « t’obliger » à être dans l’instant, dans le présent, avec elle. Certes, je regarde toujours les femmes enceintes avec une once de nostalgie, mais tu as raison, la voir évoluer va t’apporter encore plus !
      Quant au lien, il est simplement différent, il faut en recréer un.. Les réflexes que vous aviez à deux ne seront plus là, mais très vite, vous allez en instaurer un nouveau. Perso, il m’a fallu m’adapter à tant de nouveautés, mais c’est aussi mon ressenti… Peut être que ça se fera encore plus facilement pour vous.
      Dans tous les cas, ce sont des moments magiques, donc pas de crainte… repose toi bien surtout, la clé est là, car le plus dur, c’est bien la fatigue !
      Gros bisous et hâte de lire de tes nouvelles !!! ;))

  4. ma soeur a ressenti exactement la meme chose au debut elle n’avait plus l’impression de connaitre son fils et de devoir le partager av tout le monde qu’ils etaient 2 et non plus qu’un
    c’est un très bel article

    • Merci miss !!!! C’est vrai que c’est un peu étrange au début de le voir dans les bras d’autres personnes, mais on s’y fait vite… Le plus étrange, c’est ce lien qui se reconstruit, qui est différent, mais tellement intense.
      J’espère que tu vas bien !!!

  5. Je crois que c’est mon premier commentaire sur ton blog… mieux vaut tard que jamais! 😉 ton article m’a beaucoup émue, j’ai beau ne pas avoir (encore) d’enfant, je comprends très bien la complexité et la force de ce lien qui t’unit à ta merveille, mes amies qui pouponnent m’ont dit ressentir la même chose. Tu me donnes encore plus envie d’être maman! Bises

    • Merci Madame Renard ! C’est très gentil !! Je pense que toutes les jeunes mamans passent par là, mais on a tendance à ne jamais parler de cette ambivalence, et c’est bien dommage… Car ce qui va de pair avec cela c’est bien la culpabilité !
      Bientôt bientôt pour vous, je l’espère très fort (vive le thermomètre !!)

  6. ohhhh que ça résonne chez moi aussi ce que tu dis… je reprends le boulot dans 4 semaines ; mon fils à 2,5 mois et je ressens tout ce que tu dis… l’amour incommensurable, le doute et la peur de reprendre le boulot de le confier à la crêche… mais aussi de l’épuisement quand oui il y a un caillou qui vient se mettre dans le quotidien… une sieste qui ne vient pas, un rendez-vous pendant les heures de sieste, un jour où il pleure sans cesse, un réveil à heure inhabituelle la nuit… jusqu’à le laisser brailler un peu dans sa chambre pour souffler et extérioriser en soufflant un bout coup à l’autre bout de la maison…. culpabilité supreme de se dire qu’on a bordeld e merde de la chance d el’avoir notre petit bout enfin et de ne pas être à la hauteur de la tache… de penser à toutes les galériennes et de nous nous plaindre encore et toujours finalement… mais pourtant c’est vrai que c’est la plus belle chose qui nous soit arrivée aussi complexe soit elle ! on ne regrette rien et en redemande encore et encore… pour son sourire, ses areuh… ses mimiques bien à lui… courage et surtout profite profite…. lol !!!

    • Oui, c’est une si belle aventure, mais compliquée en effet !!!! Je crois que maternité rime avec ambivalence, culpabilité, mais aussi et heureusement et surtout avec amour !!!!!!! Merci pour ton comment, ça me fait du bien, car je me reconnais très bien dans ce que tu dis !!!!
      Profite bien !

  7. J’aime beaucoup ton article…. Il me renvoie 14 ans en arrière lorsque la petite fille est née et ll tisse un lien avec mon début de grossesse d’aujourd’hui…… La force du lien, toujours différente, en mouvement mais quelle force ! Je n’avais pas vraiment réalisée la présence de ma fille il y a 14 ans si ce n’est à la fin de ma grossesse… C’était trop abstrait. Par contre, lorsque la sa femme l’a posée contre ma poitrine quelques instants après sa naissance, ce lien s’est forgé instantanément et il n’a fait que se solidifier et s’épaissir depuis….. Malgré toutes les colères contre soi surtout, les doutes et les peurs qui accompagnent forcément ce chemin.
    Aujourd’hui, je « vis » beaucoup plus fort ma grossesse du fait qu’elles soient si précieuses en Pma et je sens que ce nouveau lien va se construire dès maintenant……. Donc chaque fois différente mais la force du lien qui nous unit à notre enfant est une merveille, une magie qui va au delà de tout sentiment d’amour….. Merci de m’avoir replongée dans ces souvenirs…..

    • Je suis quelque part rassurée de lire que je ne suis pas la seule à passer par ces phases différentes, ces sentiments parfois ambivalents. C’est en effet au final le sentiment d’amour, surpuissant, qui l’emporte bien sûr, mais on est pas forcément préparé à ces émotions…..
      J’imagine que tu couves bien… Sors un peu de ta grotte pour nous donner des nouvelles!!!

  8. Tu as parfaitement réussi à mettre des mots sur ce que je ressens aussi, tout en ayant parfois de la peine à l’admettre… Pas facile d’accepter l’ambivalence, pourtant tellement humaine. Pas facile de réaliser que l’on ne sera pas toujours « tout » pour notre bébé, et que parfois, lorsque la routine est rompue, comme tu dis, on est démuni. Merci 🙂

    • C’est pas tous les jours simple, même si bien entendu, le bonheur de s’occuper de notre merveille l’emporte… J’ai l’impression que maternité rime avec culpabilité également !
      J’espère que Mini Myrtille se porte bien !

  9. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne te voyais pas sur un blog, et je te sais me lire, mais je m’arrêtais là, et en passant ma souris sur ton lien, j’ai découvert ton monde et ce magnifique article qui m’a fait pleurer. Je me suis reconnue dans les premiers paragraphes, peut-être pas de façon aussi forte, mais très proche et puis pour la suite, elle reste pour moi à écrire. C’est magnifique cet article… Et la photo me fait craquer. ET et et … Bon, je te lâche plus maintenant, d’autant que les articles à venir annoncés m’intéressent. En ce moment ma lubie : les livres/cd de comptines et berceuses…

    • Contente que tu sois arrivée par chez moi… Cet article, il me tenait à coeur, même si je n’ai pas pris le temps de l’écrire plus tôt….
      Je vais faire en sorte de me tenir à mes engagements d’écriture… J’ai plein d’idées, mais pas toujours le temps… Et puis ce n’est pas évident comme tu le sais bien d’écrire des posts sur l’après pma, même si nous ne « sommes qu’en pause » (et c’est déjà très bien), ou bien sur la grossesse…
      Pour les berceuses, nous on est très rock dans ma famille… J’ai assisté à mon premier concert (eurhymics), )à 7 ans… J’ai découvert Rockabye baby…. Et surtout, les berceuses de bébé orchestra… Perso, j’adooooore !!!
      Profite bien!
      Bises

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